« Tout, ici, revient à la lande. En septembre fleurit la callune, dernière grande miellée de l'année, et son miel prend en gelée au point de résister à l'extracteur ; au printemps, la bruyère arborescente avait déjà donné un miel ambré qui coule comme les autres. Entre ces deux Éricacées tient toute une leçon de lecture : un nectar de Nouvelle-Zélande a engendré ses propres échelles de mesure ; le feuilleton varroa se clôt sur ce que le sauvage enseigne ; et l'atelier de la maison s'est mis à composer en son. Quatre pièces et un mot, miellée, chacune le récit d'une saison qui s'achève. »
— Le Conservateur

Le miel de manuka, né du nectar de Leptospermum scoparium en Nouvelle-Zélande, contient du méthylglyoxal, composé formé au fil des mois à partir de la dihydroxyacétone que la fleur sécrète dans son nectar. Peu de miels portent une chimie assez singulière pour exiger sa propre métrologie.
Celui-ci, oui : l'indice MGO énonce la teneur en méthylglyoxal en milligrammes par kilogramme, et l'échelle UMF s'y adosse parmi d'autres marqueurs. Un miel mesuré à lui-même, sur des échelles inventées pour lui seul. Le Cabinet consigne la singularité, et n'affirme rien au-delà.

L'atelier de la maison a étendu son artisanat au son. Fin août, il a composé ses premières pièces originales, Terroirs EP1, Lac Bleu, puis Danse en huit, écrites pour accompagner les images animées que le Cabinet prépare.
L'intention est la même que partout ailleurs dans la maison : rien d'emprunté, rien de générique. Les images porteront leur propre musique, faite pour elles, comme les planches portent leurs propres légendes.

Calluna vulgaris, la callune, fleurit quand l'année bascule : d'août à septembre, dernière grande miellée des landes. Son miel est thixotrope, gelée au repos qui se liquéfie sous l'agitation, si riche en protéines qu'il faut le presser ou l'ameublir aiguille à aiguille avant qu'il ne quitte le rayon.
Erica arborea, la bruyère arborescente, en est l'opposé en presque tout : floraison de printemps, miel ambré qui coule librement, et une souche si dure qu'elle est devenue le bois des pipes. Deux Éricacées, une lande, et entre elles toute l'étendue d'une année apicole.

Dernier épisode du feuilleton varroa. Après Gotland et ses colonies non traitées venait une question plus large : quelles conditions permettent à une colonie de vivre avec l'acarien ? Thomas Seeley, qui a passé une carrière à étudier les colonies sauvages des forêts d'Ithaca, en a tiré une réponse : des nids plus petits, plus espacés, un essaimage fréquent, les habitudes mêmes du sauvage.
On nomme parfois cela l'apiculture darwinienne : non pas abandonner la ruche, mais rendre à la colonie une part des circonstances dans lesquelles elle a évolué. Le feuilleton se clôt ici, où il avait commencé, en forêt.
Nomme deux choses à la fois : le flux de nectar que donnent les fleurs, et la période de jours pendant laquelle il coule. Les manuels apicoles du dix-neuvième siècle en ont fixé l'usage ; les apiculteurs parlent encore de la miellée de callune comme on parle d'une récolte et d'une saison en un seul mot. Une langue qui donne un même mot à l'événement et à sa durée dit quelque chose d'exact de l'apiculture : la miellée n'est pas un acte, c'est un temps.